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Avant d’en venir à la description de la tablature
de mon hautbois, nouveau système, j'ai cru utile de
donner un court aperçu historique sur cet instrument.
Sans remonter à son origine, qui est des plus anciennes,
il est intéressant de connaître son évolution, au moins
depuis la fin du XVIIIème siècle. En effet, nous le trouvons,
à cette époque, ne possédant que deux clés, mi bémol
et ut dièse. Plus tard, on a senti la nécessité d'en
ajouter quelques-unes de plus, et le nombre s'est élevé
alors jusqu’à huit. Le hautbois est resté dans cet état
d’imperfection pendant des années ; mais l'insuffisance
des moyens d'exécution et le manque de justesse ont
fait que plusieurs artistes se sont occupés de corriger
et d'améliorer les défauts de cet instrument ; de là,
le nombre de clés a été augmenté considérablement, à
ce point, que beaucoup de hautbois de fabrication moderne
possèdent maintenant jusqu'à quinze et même jusqu'à
dix-sept clés. Je ne crois pas qu'il soit possible d'en
ajouter davantage, d'autant plus que ces instruments,
tels qu’ils sont maintenant, possèdent une grande perfection
sous le rapport de la justesse et du son ; mais ils
laissent encore à désirer sous celui de l'exécution,
quoiqu'on y ait ajouté mes clés d'octave et celles
de sol dièse et de mi bémol à double effet.
Mon hautbois nouveau système n'a pas une clé de plus
que les précédents, mais elles sont presque toutes à
double effet, et c'est là ce qui fait sa supériorité
sur tous les autres instruments de ce genre. En effet,
si on compare ce système avec l'ancien, on verra quelle
immense différence les sépare. Ainsi, dans le système
ordinaire, on ne peut ni baisser, ni lever une clé que
par un seul et même doigt, tandis qu'avec mon système
cela peut se produire par le mouvement alternatif de
deux doigts, dont l'un lève la clé et l'autre la baisse,
tout en gardant la spatule du premier doigt abaissée.
Ce même mouvement peut se produire aussi sur deux et
même sur trois clés, selon la nature du passage, en
ne faisant agir qu’un seul doigt.
On conçoit le grand avantage d'un pareil mécanisme
qui dispense de passer d'une clé à une autre sans être
obligé de glisser le doigt sur les spatules, comme l'on
est forcé de le faire avec l'ancien système, ce qui
est toujours fort difficile ; du reste, on pourra en
juger avec plus de certitude en examinant l'explication
de la tablature ci-après, qui indique d’une manière
précise comment il faut faire usage du mécanisme, dont
on ne peut bien apprécier toutes les ressources qu'en
étudiant avec soin les exercices de
doigtés (disponibles
dans les partitions à télécharger) qui le mettent en
pratique.
Et qu’on ne croie pas, en voyant ce hautbois surchargé
de mécanismes, qu'il doit être sujet à se déranger plus
qu'un autre d’un système plus simple, rien de semblable
; le mécanisme de cet instrument est assez solidement
construit pour durer très longtemps sans avoir besoin
d'être réparé, surtout si on prend les mêmes soins que
pour tout autre instrument ; et, comme preuve de ce
que j'avance, j'ajouterai que le hautbois dont je fais usage
depuis plusieurs années n'a jamais eu besoin d'aucune
réparation.
Les artistes qui persistent à jouer sur un hautbois
de l'ancien modèle ont grandement tort, à mon avis ;
ils s'exposent à rencontrer quantité de
passages dans la musique moderne qui sont d'une exécution
très difficile sur leur instrument, et qu'un peu de
pratique mettrait à même d'éviter cet inconvénient,
en adoptant, en partie ou en totalité, les nouvelles
clés, sans lesquelles il est impossible d’obtenir une
exécution irréprochable.
EXPLICATION
DE LA TABLATURE DU HAUTBOIS SYSTEME BARRET
Comme dans la tablature précédente, les points noirs
désignent les trous qu'il faut fermer, les zéros, ceux
qu'il faut laisser ouverts.
La croix (+)
représente le plateau sur lequel il faut
placer le pouce gauche, et, toutes les fois qu'on la
rencontre, il est nécessaire d’abandonner le plateau
afin d'ouvrir les clés de si bémol ou ut dièse, selon
le passage.
Ce doigté est particulièrement utile pour faciliter
l'exécution des passages comme celui de l'exemple
24, dans les deux octaves et pour éviter les doigts
croisés.
Lorsqu'on rencontre cette croix (+) au-dessus du
si bémol ou de l'ut naturel dans l'octave supérieure
comme dans l'exemple 24, il faut en ce cas se
servir de la double branche de la clé d'octave, n°11B.
Toutes les spatules des clés ont des numéros qui correspondent
à ceux qui sont au-dessus des lignes perpendiculaires.
Quelques clés ont des doubles branches qui sont indiquées
par le même numéro que celui qui correspond à la branche
principale ; pour la seconde branche ou branche secondaire,
au numéro se joint la lettre B.
Il y a aussi deux petites branches au-dessus des
clés de si bémol et ut naturel ; elles sont indiquées
par les signes (carré et triangle pointe en bas) et
servent d'ordinaire dans les cadences qui sont à peu
près les mêmes que celles de l'ancien système ; mais
elles ont l'avantage de les rendre justes.
Le nouveau système des clés ut dièse, mi bémol, fa
naturel et sol dièse de la première octave, a une supériorité
immense sur tout ce qui a été fait jusqu'à présent.
Grâce à lui, les changements de doigté sont inutiles,
et l'exécution de certaines cadences, impossible auparavant,
devient très facile.
Ce même système permet aussi de produire de nombreux
effets par le simple mouvement d'un seul doigt, tandis
qu'autrefois il fallait en mouvoir deux en sens contraire
pour arriver au même résultat. Quelques exemples suffiront
à démontrer la vérité de mon assertion.
Il est très facile de trouver le doigté de ces passages
(exemples
25,
26
et 27).
Cherchez sur les lignes perpendiculaires de la tablature
les numéros correspondants à ceux qui sont au-dessus
des notes de ces exemples, et appuyez sur les spatules
qu'ils représentent.
Les lignes de points tracées au-dessus des notes
des différents exemples, et précédées de numéros, indiquent
que les spatules des clés correspondants à ces numéros
ou à ces signes doivent être tenues abaissées pendant
l'exécution de toutes les notes que couvrent ces lignes.
Prenons l’exemple n°1 :
Les spatules 2 et 7 placées au-dessus de la première
note, doivent être toutes deux tenues abaissées par
le petit doigt de la main gauche et maintenues dans
cette position pendant l’exécution de toutes les notes
au-dessus desquelles se prolongent les lignes de traits.
Il en de même pour les autres exemples.
Pour les notes qui ne sont point marquées, on doit
se servir du doigté ordinaire ; pour celles qui ont
plusieurs doigtés, il faut toujours donner la préférence
au premier indiqué, à moins que le passage ne l’exige
autrement.
Le si bémol et l’ut naturel aux deux octaves s’exécutent
suivant les indications de la tablature. En examinant
le doigté de ces deux notes, on verra combien ce dernier
est préférable et bien plus simple que l’ancien, presque
sans aucune différence. En effet, ce changement consiste
seulement à abaisser l’anneau de si bémol et ut dièse
avec l’index de la main droite, ce qui suffit pour produire
ces deux notes dans les deux octaves, sans déplacer
la main, comme dans l’ancien doigté, et on évite par
là certaines difficultés comme celles-ci :
La clé du mi bémol n°5 peut servir à tenir l’instrument
immobile, depuis le fa dièse jusqu’à l’ut dièse dans
les deux octaves.
Dans les exercices
de doigtés, j'ai essayé de réunir
et de faire comprendre les principaux avantages que
comporte mon nouveau système. J'ai extrait plusieurs
de ces passages de « musique d’orchestre » et de « musique
d'ensemble », en me contentant de les transcrire et
de les amplifier ; car, en cela, mon but est de démontrer
ce qu’on peut obtenir avec ce mécanisme.
Après quelques temps d'étude, l'élève sera surpris
de pouvoir jouer avec facilité des passages qui étaient
autrefois d’une exécution très difficile, sinon impossible.
Cette dernière observation s’adresse plus particulièrement
aux personnes ayant déjà une certaine connaissance de
l'instrument, qu’à celles qui en commencent l'étude.
La meilleure manière d’exécuter ces petits exercices
est de commencer lentement, et par degré accélérer le
mouvement, jusqu'à ce qu'on puisse les exécuter avec
la plus grande rapidité. Il faut couler chaque passage
exactement comme il est noté, car l'exécution des coulés
est justement l'avantage principal de mon système sur
tous ceux qui l'ont précédé.
On trouvera le doigté de ces courts exercices en
suivant la méthode indiquée plus haut, et avec un peu
d'attention et d’étude, il sera presque impossible de
se tromper.
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