Pour
faire une anche, il faut prendre un morceau de roseau
rond, de la forme de la figure
n°1
et de la qualité recommandée auparavant. A l'aide d'un
couteur (figure
n°3),
vous le divisez dans le sens longitudinal, et selon
la grosseur du roseau, en trois ou quatre parties égales.
Vous façonnez un de ces trois ou quatre morceaux jusqu'à
ce qu'il ressemble au dessin (figure
n°2)
; vous le passez alors sous le couperet de la machine,
puis, en appuyant sur le levier
G
de la mécanique, le roseau se trouve taillé juste à
la longueur de la ramure
D.
Il faut alors amincir les bouts jusqu'à ce qu'ils représentent
le dessin (figure
n°4).
Mais avant cette opération, on doit s'assurer si le
roseau est parfaitement droit ; dans le cas contraire,
il faudrait le rejeter comme inutile, car il se briserait
infailliblement en le gougeant. Levez les deux ressorts
E,
à chaque extrémité de la rainure, et placez à l'intérieur
le roseau, sur lequel vous laissez tomber les deux ressorts
qui le maintiendront fixe. Vous abaissez le rabot
F
sur le roseau, puis, après avoir introduit le manche
G
dans le trou au-dessus du rabot, vous exercez, en appuyant,
un mouvement de va-et-vient d'un bout à l'autre, tout
le long de la barre d'acier, jusqu'à ce que le fer ne
morde plus (si le rabot enlève trop ou pas assez du
roseau, il faut y remédier de la façon suivante : tournez
la
vis H,
qui est placée sur le côté de la rainure, légèrement
et de façon à pouvoir pousser d'un côté ou de l'autre
le
biseau I.
Si le rabot ne mord pas assez, on le poussera de gauche
à droite ; s'il mord trop, poussez de droite à gauche.
Mais ces changements doivent être peu sensibles, de
façon à ne jamais dépasser une ou deux des lignes marquées
sur le biseau, à gauche ou à droite).
Enlevez
alors le roseau de la rainure, et si, à cause de sa
rondeur, l'intérieur en est trop épais, à l'aide de
l'instrument (figure
n°7),
grattez le milieu jusqu'à ce que le roseau soit assez
flexible pour qu'en le prenant entre le pouce et l'index
on puisse, par une légère torsion de chaque côté, le
plier facilement.
Placez
le roseau sur le chevalet
n°5,
émincez-en les deux extrémités à l'extérieur, comme
dans la figure
6,
et grattez légèrement la surface dans le milieu, au
point ou se trouve la ligne. Il faut alors examiner
le roseau et voir s'il ressemble au dessin
n°6
; il faut humecter la partie grattée, soit avec de l'eau
ou de la salive.
Placez
le roseau contre le taille-anche (figure
n°8)
au signe en forme de
triangle inversé
; pliez-le entre les deux crans jusqu'à ce qu'il joigne
l'autre côté du taille-anche. Faites en sorte que le
roseau soit également placé sur le taille-anche ; poussez
le ressort qui fixera le roseau, et avec le couteau
enlevez sur les côtés tout ce qui dépasse l'acier du
taille-anche. Retirez le roseau et polissez les côtés
avec la lime
n°9,
ainsi que le haut de l'anche, jusqu'à ce qu'elle ressemble
à la figure
14,
et placez alors le tout dans la bouche ou dans un verre
d'eau pendant quelques minutes.
Prenez
le tube
15 et
placez-le sur le mandrin
10
; introduisez alors les bouts de l'anche dans les interstices
de chaque côté du tube, et poussez jusqu'à ce que l'anche
soit solidement fixée. prenez du cordonnet de soie bien
ciré, assez solide pour ne pas rompre, et faites un
nœud bout que vous placez au point en forme de triangle
dans la partie inférieure, à l'endroit où le collier
est divisé. Placez le cordonnet le long de la rainure
du collier, d'où le rebord l'empêchera de glisser
; tournez le cordonnet autour de l'anche (en le serrant
fortement) jusqu'au bout du tube, de façon à joindre
le roseau de chaque côté, pour empêcher l'air de s'échapper
; ramenez le cordonnet jusqu'au collier, en le tenant
toujours ferme, et nouez-le avec un nœud coulant. Pour
s'assurer si cette anche remplit les conditions comme
il est dit ci-dessus, il faut la sortir du mandrin et
souffler dans le tube ; si l'air s'échappe, il faut
commencer à la ramener de nouveau, jusqu'à ce que les
côtés se joignent.
Coupez
le cordonnet, grattez légèrement chaque côté de l'anche
pour les égaliser ; limez-en l'extrémité à peu près
de la valeur de 1 millimètre de chaque côté, et avec
le couteau
12
coupez sur le
bloc J
une petite partie du bout de l'anche, de façon à l'ouvrir.
Introduisez alors la plaque
d'acier 11
entre les languettes, et avec le même couteau, grattez
la surface de l'anche jusqu'au milieu et sur les deux
faces, jusqu'à ce que le roseau devienne suffisamment
poli et mince au bout, afin que l'anche vibre. Grattez
légèrement aussi les deux côtés avec le couteau ; soufflez
alors dans l'anche, et si elle rend un son rauque, il
est probable qu'elle sera bonne. Si vous jugez qu'elle
est trop faible, coupez un peu de l'extrémité supérieure
; si elle est trop dure, grattez-la sur le talon ou
partie plus proche du tube, jusqu'à ce qu'elle convienne
à l'embouchure de l'instrumentiste, en ayant soin de
gratter uniformément, pour la faire ressembler au dessin
n°17.
Coupez légèrement chaque coin, de façon à empêcher les
languettes de casser ; ainsi terminée, votre anche doit
être exactement pareille au
n°17.
L'expérience
seule apprendra à l'élève si l'anche convient à son
embouchure.
Si
l'on trouve que l'anche ne vibre pas assez, il faut
en amincir le bout avec le couteau ; si elle vibre trop
ou si le son est trop perçant, amincissez alors de la
base au milieu, et ensuite enlevez un peu du bout par
le même procédé que lorsque vous terminez l'anche.
Malgré
les plus grandes précautions, il arrive quelquefois
qu'on ne les réussit pas toujours ; cet insuccès, le
plus souvent, tient à la mauvaise qualité du roseau
: cependant avec un peu de soin, on peut arriver à en
tirer quelques services.
Le
grattage au couteau est la partie la plus minutieuse
dans la fabrication de l'anche ; aussi faut-il que l'élève
y apporte le plus grand soin.
Je
pense avoir clairement expliqué la manière de faire
les anches ; mais quelques leçons pratiques d'un bon
maître en apprendront plus que toutes les explications
écrites. Prises au commencement de l'étude du hautbois,
ces leçons permettront à l'élève d'être rapidement à
même de faire ses propres anches.
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