Si
en musique toutes les qualités peuvent s'acquérir par
l'étude, l'expression seule ne s'acquiert
pas ; elle n'est le partage que de ceux que la nature
a favorisés.
Ceux
qui n'ont pas ce don dans une certaine mesure, pourront
y suppléer par une attention soutenue
; l'habitude de jouer de la bonne musique et d'entendre
les meilleurs professeurs donnera toujours une certaine
notion de ce qu'on doit comprendre par "expression",
et, en prenant les bons artistes comme modèles, on arrivera
à toujours phrases correctement et sans affectation.
Les
nuances ou degrés de l'expression,
employées avec discernement, offrent une grande variété
en musique, mais elles doivent être proportionnées entre
elles ; ainsi, pour passer d'un pianissimo
à un fortissimo et vice versa, une nuance
intermédiaire est indispensable pour éviter une transition
trop brusque. Une phrase notée comme dans l'exemple
8 - n°1
doit être jouée suivant l'annotation du n°2
(il est cependant certains cas exceptionnels ou, pour
un effet quelque peu dramatique, la transition brusque
peut trouver sa place ; on l'emploie aussi pour simuler
l'écho, effet du reste assez agréable, à la condition
de n'en pas abuser).
A
moins qu'ils ne soient différemment indiqués, il est
de règle générale d'aller crescendo dans
les passages montants, et decrescendo
dans les passages descendants (voir l'exemple
9).
C'est
une grande erreur de nuancer, pour ainsi dire, chaque
note. Il est des personnes qui pensant que c'est là
de "l'expression", se laissent
aller à cette exagération, mais ce n'est rien autre
que de l'afféterie, faisant beaucoup mieux
ressortir encore le manque réel de sentiment. Il ne
faut user que modérément des nuances ; il vaut mieux
n'en employer qu'une par phrase que de détruire l'effet
général en introduisant plusieurs nuances dans la même
phrase (voir l'exemple
10
- ce qui est bon
et ce qui est mauvais).
Dans
les passages syncopés, il faut éviter
de marquer la seconde moitié de la note. L'exemple
11 - n°1
est marqué comme il doit être exécuté, l'exemple
11 - n°2
doit être soigneusement évité.
Dans
les passages comme ceux de l'exemple
12,
il faut aussi éviter de faire sortir la première note
de chaque temps, à moins que la musique ne soit spécialement
notée. Le n°1
est marqué comme il doit être exécuté. Le n°2
est
mauvais.
En
somme, l'art des nuances, qui ne peut s'obtenir que
par une longue pratique des différentes
modifications des sons, est d'une grande ressource,
et je conseille aux élèves de consacrer tous leurs soins
à l'acquérir.
Je
dois faire ici quelques observation sur l'exécution
dans un orchestre.
Quand
on doit jouer un solo et que l'accompagnement
est assez piano pour laisser entendre
le soliste ce dernier usera de toutes les ressources
pour produire de l'effet et dominer l'orchestre
; car en cette circonstance, l'instrumentiste se trouve
exactement dans la position d'un chanteur
accompagné par l'orchestre. Si, au contraire, on se
sert du hautbois pour accompagner, il
faut alors jouer aussi piano
que possible, de façon à ne pas dominer l'instrument
solo. Dans les soli ou passages écrits pour plusieurs
instruments, l'artiste fera son possible pour égaliser
et assimiler ses sons, de façon à ne pas dominer les
autres instruments et à rester ce qu'il doit être, rien
de plus qu'une des fractions d'un
tout harmonieux.
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